Je n'ai nullement la prétention d'être un expert en "Shanologie" et encore moins un analyste géopolitique, je vais simplement essayer de synthétiser ici mes différentes lectures relatives à l'histoire de cette région et de ce peuple, lectures que vous pourrez en partie retrouver sous l'onglet "Bibliographie" de ce site.
Les Shans – qui sont-ils ?
Tout comme leurs cousins Thaïlandais avec lesquels ils ont de nombreux points communs tant historiques que culturels, les Shans (ou Taï Yaï) sont originaires du sud de la Chine. Certains historiens situent la fondation du premier royaume Shan à 94 avant J.C. Traditionnellement organisés en petites principautés dirigées par des familles nobles, ils occupent une région essentiellement montagneuse d’une superficie de près de 160 000 km², soit environ un quart de la France. Les nombreuses richesses et ressources naturelles que recèle ce territoire ont de tous temps suscité les convoitises de leurs voisins, mais les jeux d’alliances entre familles combinés avec une situation géographique à leur avantage ont permis aux Shans de conserver une certaines autonomie, même pendant la colonisation britannique au cours de laquelle c’est un gouverneur Shan qui avait été placé à la tête de cette immense province.
Avec une population estimée à 10 millions de personnes, ils constituent l’un des groupes ethniques les plus importants de ce qui, selon les termes des accords de décolonisation en 1947, aurait dû devenir la Fédération de Birmanie. Bien que moins médiatisés que d’autres populations comme les Karens, par exemple, ils subissent tout autant les persécutions de la junte militaire de Rangoon à laquelle ils opposent une farouche résistance depuis 60 ans. Depuis leur quartier général installé près la frontière avec la Thaïlande, ils tentent par tous les moyens de préserver leur culture, leur langue et leurs traditions. Avec une armée de plus de 10 000 hommes, les combattants de la liberté (Freedom Fighters comme ils se nomment) patrouillent régulièrement dans ce pays qu’ils espèrent un jour voir libéré, visitant les villages et apportant médicaments et protection aux habitants dont certains ont vu leurs fils enrôlés de force dans l’armée d’occupation birmane. La lutte acharnée qu’ils mènent contre le trafic de stupéfiants, importante source de revenus pour la junte, leur permet de bénéficier d’un soutien non officiel mais bien réel de leur voisin thaïlandais et aussi des États-Unis.
Les origines des Shans
Les Shans – qui sont-ils ?
Tout comme leurs cousins Thaïlandais avec lesquels ils ont de nombreux points communs tant historiques que culturels, les Shans (ou Taï Yaï) sont originaires du sud de la Chine. Certains historiens situent la fondation du premier royaume Shan à 94 avant J.C. Traditionnellement organisés en petites principautés dirigées par des familles nobles, ils occupent une région essentiellement montagneuse d’une superficie de près de 160 000 km², soit environ un quart de la France. Les nombreuses richesses et ressources naturelles que recèle ce territoire ont de tous temps suscité les convoitises de leurs voisins, mais les jeux d’alliances entre familles combinés avec une situation géographique à leur avantage ont permis aux Shans de conserver une certaines autonomie, même pendant la colonisation britannique au cours de laquelle c’est un gouverneur Shan qui avait été placé à la tête de cette immense province.
Les origines des Shans
Bien que de nombreux écrivains, tant birmans qu'occidentaux, désignent régulièrement la colonisation britannique et même française comme principale responsable de l'isolement des Shans des autres minorités et même de la vie politique birmane, la situation réelle est nettement plus complexe et trouve ses origines à la fois dans les racines culturelles de ce peuple, beaucoup plus proche des Thaïlandais que des autres ethnies qui constituent l'actuel Myanmar, et dans la situation géographique très particulière des États Shans.
La Birmanie compte de nombreux groupes ethniques (Kachins, Karens, Karennis, Shans, Pa-O, Mons, Palaungs pour n'en citer que quelques uns) et ses frontières actuelles sont une création des colonisateurs qui a exacerbé les conflits et divisions internes. Le Birman de la plaine centrale a, en effet, toujours été considéré par les ethnies montagnardes comme l'ennemi juré et peu digne de confiance, une situation que les britanniques ont exploité à leur avantage en appliquant leur politique "diviser pour mieux régner". En plus de nombreuses guerres civiles avant et pendant la colonisation, le Nord du pays a également souffert de l'invasion des japonais et aussi des incursions de divers chefs de guerre chinois qui tentaient de contrôler la plus grande partie possible du territoire par l'intermédiaire des milices locales. Au cours des deux derniers siècles, aucun leader birman n'est réellement parvenu à unifier le pays et a systématiquement été confronté aux rivalités intestines de cette complexe mosaïque culturelle.
Si les Kachins, les Chins, les Lahus et d'autres groupes ethniques sont d'origine tibéto-birmane, les Mons, les Was et les Palaungs emploient quand à eux une langue proche du Khmère et l'histoire des Karens et des Karennis reste plus floue et divise les experts. De leur côté, les Shans représentent 7 % de la population (au dernier recensement fiable - qui date de 1931 !!) mais n'ont que très peu de points communs avec les autres ethnies. Le terme Shan est en fait une déformation de Siam ou Syam et ils se désignent eux-mêmes par le nom de Tai Yai, le même terme qui est utilisé par les Thaïlandais avec qui ils partagent non seulement une longue frontière, mais aussi de nombreux points communs à la fois culturels et historiques, tout comme avec le Laos et le Sud de la Chine.
Les véritables origines des Shans font toujours l'objet de débats dans les milieux académiques, mais un consensus semble admettre l'existence d'un groupe dominant dans la région du Yangtsé, groupe qui a plus tard poursuivi son expansion vers le sud de l'empire chinois au cours du 2ème siècle avant J.C. Au cours des siècles qui ont suivi, certains groupes Shans ont été assimilés par les dynasties chinoises successives, d'autres ont su garder une certaine autonomie en ont poursuivi leur migration vers le Sud pour finalement descendre le cours de la rivière Salawin (ou Salaween) et s'installer sur les vastes hauts-plateaux du Nord-Est de l'actuelle Birmanie.
Partenariat avec la Thaïlande
Ils ont alors fondé des principautés plus ou moins importantes dans les vallées de part et d'autre de la rivière. Le plus petit de ces domaines, Namtok, occupait 35 km² à peine et le plus grand, Kengtung, couvrait 32 000 km², soit l'équivalent de la Belgique. Les Shans étaient en majorité de agriculteurs prospères qui cultivaient le riz et le soja ainsi que de nombreux fruits et légumes.
Sur le plan politique, ils n'ont jamais été réellement unifiés, mais d'après le Professeur Josef Silverstein, les Shans ont été les rivaux politiques directs des Birmans pour le contrôle de l'ensemble de la région entre la chute de la dynastie Birmane de Pagan (en 1287) et 1605, année de la mort du roi Thaïlandais Naresuan avec qui ils étaient alliés. Ils ont alors accepté bon gré mal gré une gouvernance centrale indirecte par les Birmans, mais malgré la présence croissante de garnisons dans certaines principautés Shans, les chefs héréditaire, ou Saophas (prononcer Sao-Pâ) ont toujours su garder une certain degré d'autonomie. Ni les Birmans, ni les Chinois n'ont réussi à venir à bout de la farouche indépendance des princes Shans qui, comme leurs cousins Laotiens et Thaïlandais, pratiquent le Bouddhisme Theravada et possèdent leur propre écriture, leur propre langue et une littérature riche de plusieurs siècles.
La colonisation
Cette situation a cependant connu des changements radicaux au cours du XIXème siècle, lorsque l'Asie du Sud-Est est devenue l'objet de toutes les convoitises des empires coloniaux britannique et français. Le Mékong et la Salawin formaient alors les frontières naturelles d'une espèce de "tampon" entre la Birmanie sous dominance anglaise et la sphère d'influence française qui s'étendait jusqu'aux frontières laotiennes des États Shans. Pour éviter l'émergence d'une zone potentiellement incontrôlable et garder la maîtrise des principales routes d'échanges commerciaux entre les Indes et la Chine, routes qui passaient à travers les États Shans, les anglais ont poursuivi leurs efforts de conquête et ont entrepris une campagne de "pacification", notamment pendant la période 1885-1890, une pacification qui a coûté la vie à de nombreux Shans.
On peut donc affirmer sans trop de risques que les frontières actuelles et la situation géopolitique complexe dans laquelle se trouvent les Shans sont le résultat des rivalités colonialistes entre les Anglais et les Français.
Pendant la domination anglaise, la trentaine de principautés qui constituent les États Shans a tout de même jouit d'une certaine autonomie et l'ensemble était considéré comme un protectorat sous l'autorité reconnue des Saophas. En 1922, les britanniques ont créé la Fédération des États Shans qui a ensuite donné le jour au Conseil des États Shans Fédérés. Ce dernier avait en charge l'éducation, la santé ainsi que les travaux publics et les projets d'infrastructure, les britanniques n'étaient que peu présents dans les affaires de la Fédération et étaient plus concentré sur le développement des plaines centrales. Cette "Pax Britannica" a apporté aux Shans une période de paix et de prospérité qu'ils n'avaient jamais connu au cours des siècles passés, période qui pris brutalement fin en 1942 avec l'invasion des japonais.
Deuxième guerre mondiale et après-guerre
La région est en effet devenue le théâtre des combats qui opposaient les japonais aux nationalistes chinois du Kuomintang et a été régulièrement bombardée par l'un ou l'autre camp, ne laissant qu'un champ de ruines à la fin de la guerre. C'est pendant cette période aussi que différents mouvements nationalistes ont commencé à s'implanter dans les États Shans et la période confuse de l'après-guerre était peu propice au rétablissement d'un semblant de stabilité.
En novembre 1946, les dirigeants Shans, Kachins et Chins ont tenu la première conférence dite de Panglong, une petite ville au nord de Loilem. Cette conférence avait pour objectif de décider d'un plan commun de reconstruction des zones frontalières dévastées par la guerre et a donné naissance au Conseil Suprême des Peuples Montagnards Unifiés (Supreme Council of United Hill People). Une deuxième conférence s'est tenue à Panglong en février 1947, laquelle a vu la signature de l'accord du même nom (Conférence de Panglong) selon lequel les Shans pourraient, s'il le souhaitent, devenir un état autonome au terme d'une période de 10 ans. Le représentant des Birmans était le Général Aung San, père d'Aung San Suu Kyi et tout était prêt pour la déclaration d'indépendance de la Fédération de Birmanie qui devait officiellement avoir lieu le 4 janvier 1948. Malheureusement, le Général Aung San ainsi que plusieurs autres dirigeants ont été assassinés par des ultranationalistes en juillet 1947 et tous les efforts de reconstruction et de réunification ont alors été anéantis.
Conflits et début de la résistance
La décennie qui a suivi a vu le retour des combats, cette-fois entre les soldats du Kuomintang qui fuyaient devant l'armée communiste chinoise et qui avaient installé leurs bases dans les États Shans et l'armée birmane qui avait été envoyée pour les en déloger. Il s'agissait en fait plus d'une guérilla avec embuscades, actes de terrorisme et autres sabotages dont les principales victimes étaient les populations civiles. Une forte instabilité propice à l'émergence de nouveaux groupes armés Shans qui, pris entre deux feux, luttaient contre les deux étrangers qui se servaient de leur territoire comme champ de bataille.
Ces conflits incessants et la présence de nombreuses forces armées dans cette région avaient définitivement réduit à néant tous les efforts d'unification du gouvernement central, un gouvernement qui était de plus en plus perçu comme néo-colonisateur par les Shans. Ces derniers ont donc décidé, en 1957, de créer leur propre force armée afin d'assurer une défense que le gouvernement était incapable (ou non désireux ?) de garantir. Au début des années 1960, l'idée d'une Fédération des États de Birmanie dans la lignée de l'accord de Panglong trouvait de nouveau des échos favorables au sein des dirigeants Birmans, mais le coup d'état militaire du Général Ne Win en 1962 allait une nouvelle fois étouffer ce projet dans l'œuf.